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Visite au Swaziland : le baroud d'honneur de Taïwan en Afrique


Rédigé le 17 Avril 2018 à 18:51 | 0 commentaire(s) modifié le 17 Avril 2018 - 18:56


Ce déplacement est tellement rare que lorsque l’avion Tsai Ing-Wen a décollé de la base de Hsinchu, il a été escorté pendant une vingtaine de minutes par quatre Mirage 2000. Avec sa visite de quatre jours au Swaziland, c’est en fait la première fois depuis son élection que la présidente taïwanaise se rend en Afrique où elle compte ses alliés sur le bout des doigts face à l’offensive de la Chine continentale.


Visite au Swaziland : le baroud d'honneur de Taïwan en Afrique
Une vingtaine d'heures de vol non-stop pour rejoindre Mbabane, la capitale du royaume enclavé du Swaziland! Peu importe pour Tsai Ing-Wen : pour choyer ses «amis», la distance, ça ne compte pas !
Sans doute nostalgique de l'époque où ses prédécesseurs se voyaient dérouler le tapis rouge pour des tournées dans toute l'Afrique, la présidente de Taïwan effectue, à partir de son atterrissage à 15 H (heure locale) à Mbabane, une visite de quatre jours (17 au 21 avril) au Swaziland. Avant le dîner offert par le dernier monarque absolu d'Afrique, les deux chefs d'Etat devraient avoir un tête-à-tête, suivi d'un communiqué commun. Mais le timing n'a rien d'anodin.

Swaziland, le baroud d'honneur de Tsai en Afrique

Tsai Ing-Wen vient assister chez Mswati III, roi du pays d'Afrique australe, aux célébrations du cinquantième anniversaire de l'indépendance du Swaziland. Une commémoration qui coïncide avec la célébration des 50 ans d' «amitié taïwano-swazie». Car le constat est plutôt amer en cette année 2018. A la (dé)faveur d'un jeu de go diplomatique avec la Chine continentale relancé depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, Pékin avait raflé Sao-Tomé-Et-Principe à la liste des soutiens diplomatiques africains de la République de Chine, l'autre nom de Taïwan.


 

Deux décennies plutôt, le réseau africain de Taïwan, entretenu à coups de chèques et de cadeaux d'infrastructures, comptait plus d'une trentaine de membres qui ont tour à tour retiré leur reconnaissance à Taipei (Taïwan) au profit de Pékin (République populaire de Chine, RPC). La visite de la présidente taïwanaise au Swaziland, un de ses derniers alliés, semble donc être une riposte de Taipei à Pékin sur le goban africain.

«La première visite -depuis son élection en mai 2016- de la présidente de Taiwan Tsai Ing-Wen, sur le continent africain, fait un peu figure de baroud d'honneur. Le jeu peut sembler inégal, tant la Chine populaire a accéléré sa présence et renforcé sa stratégie d'entrisme sur le continent africain. La Chine, qui sait -à coup d'investissements massifs dans le domaine des infrastructures- séduire les gouvernements en place, entend également profiter de son méga-projet de nouvelles "Routes de la Soie" pour amplifier son ancrage africain. Parmi les principales cibles, l'Afrique du Nord bien sûr, comme en témoigne les investissements promis pour le développement et l'aménagement de la Cité Mohammed VI à Tanger, mais aussi l'Afrique sahélo-saharienne, au premier chef desquels le Burkina Faso qui ne reconnait toujours pas la République populaire de Chine», analyse Emmanuel Dupuy, président de l'Institut de Prospective et de Sécurité en Europe (IPSE).


 

Même si la présidente Tsai devrait révéler le montant de l'enveloppe lors de la commission mixte, la première manifestation de cette réponse taïwanaise à sa rivale de l'autre rive sera l'annonce de plusieurs projets dans le cadre d'une aide taïwanaise, souvent sans contrepartie, si ce n'est la reconnaissance de Taïwan qui vient renforcer les accords de coopération entre Taïwan et le Swaziland, vieux d'un demi-siècle.

La ZLEC, le paravent de Taipei face à Pékin ?

«Face au rouleau compresseur chinois, qui a construit plus de 2 200 km de voies ferrées sur le Continent et dont la balance commerciale avoisinera en 2018 les 200 milliards d'euros, Taïwan cherche une voie alternative crédible afin de consolider sa relation avec ses derniers alliés sur le Continent. Parmi ceux-ci, l'octroi d'un ambitieux programme de bourses (Taïwan Scholarship) au profit des étudiants du Swaziland et du Burkina Faso, fait figure de test», souffle encore Emmanuel Dupuy.

Du côté de Ouagadougou où l'on observe cette visite de près, le moindre geste de la présidente taïwanaise. Avec le Swaziland, le Burkina est l'un des derniers alliés de l'ancienne Formose en Afrique. En 2017, le pays avait reçu un chèque de 26,8 milliards de Fcfa, entériné par un don d'hélicoptères à l'armée du pays. Contactée par La Tribune Afrique, la présidence burkinabè indique que «dans l'agenda du président de la République [Roch-Marc Kaboré, NDLR], cette visite [de la présidente taïwanaise] n'est pas prévue pour le moment». La présidente Tsai ne fera pas escale chez son second allié africain, mais les relations restent intactes.

Face à l'offensive de la Chine continentale engagée avec sa rivale dans ce qui a tout d'une course de vitesse, avec pour cadre le Swaziland et le Burkina Faso, Taipei devrait revoir ses arguments pour garder ses pré-carrés africains. «La politique du carnet de chèques n'y suffira sans doute pas, prévient Emmanuel Dupuy. C'est davantage dans une approche générationnelle, d'une part, en misant sur l'éducation et sur la capacité d'investissement dans l'innovation, que résident les opportunités taïwanaises.

Par ailleurs, Taïwan à tout intérêt à mettre en exergue le soutien qu'elle peut apporter aux deux pays africains avec lesquelles elle continue d'entretenir des relations diplomatiques. En effet, tous deux sont contraints par leur enclavement géographique. Dès lors, la capacité navale de Taïwan, ainsi que son expertise dans le domaine des produits électroniques et des télécommunications, sera ainsi des plus précieuses pour faire tirer à Ouagadougou et Mbabane les meilleurs avantages de la constitution de la zone de libre-échange du continent (ZLEC), mise sur pied à Kigali il y a quelques semaines. Ce sera ainsi, notamment le cas, dans une logique d'investissements en  "marché en pays tiers", dont Taïwan voudrait être, à l'instar de la Chine, un des ardents défenseurs».

la tribune d'afrique



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