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Éthiopie - Lassina Touré : "Je n'imaginais pas à quel point ce pays se transformait


Rédigé le Lundi 6 Juin 2016 à 14:05 | Lu 50 fois | 0 commentaire(s)


Ecofinance.sn ( Dakar) - Directeur général de Total en Éthiopie, cet Ivoirien, passé par le Niger, le Sénégal et le Cameroun, décrit ce qu'il a observé en un an de présence.


Quelles ont été vos premières impressions en emménageant à Addis-Abeba ? 

Lassina Touré : La première impression que l'on ressent en arrivant ici est que ce pays bouge très rapidement. Il suffit de voir les chantiers en cours et le nombre de grues en activité pour s'en apercevoir. On me l'avait dit avant de venir, mais je n'imaginais pas à quel point l'Éthiopie se transformait. Il y a toutefois un bémol à mettre.

Tous les projets sont portés par des initiatives publiques qui sont inscrites dans le plan quinquennal mis en place par le gouvernement. La limite de ce système est le financement des dossiers. La Chine apporte pour le moment la plupart des enveloppes nécessaires aux chantiers, mais l'État s'endette et il devra un jour rembourser ses dettes.

La question est de savoir quand le privé va prendre le relais des pouvoirs publics. Pour l'instant, les autorités ne regardent pas ce dossier sous cet angle.

Vous êtes là pour Total. Quelles sont ses activités en Éthiopie ?
 

Total est présent en Éthiopie depuis 60 ans. Nous possédons 180 stations-service sur le territoire, soit environ un tiers du marché. La compagnie nationale NOC est le leader local. Oil Libya, dont le siège est à Dubaï, est aussi là. Total emploie directement 170 salariés, mais si on prend en compte le personnel des stations-service qui sont en location-gérance et ceux des transporteurs qui travaillent pour nous, nos effectifs atteignent 8 000 employés. Nous croyons beaucoup en ce pays, dont la culture particulière ne ressemble pas forcément à celle des autres.
 

Pourquoi si peu d'entreprises occidentales sont-elles présentes sur ce marché en pleine croissance, alors que les Chinois semblent s'être implantés aux quatre coins du pays ?
 

Il existe tout d'abord beaucoup de secteurs comme la banque, les télécoms ou la grande distribution qui sont contrôlés par l'État. Les grandes banques internationales telles Citibank, HSBC ou BNP Paribas ne sont pas présentes en Éthiopie. Lorsque les Chinois sont intéressés par un dossier, ils financent la totalité du projet et les travaux sont réalisés par des sociétés chinoises avec des équipements et des matières premières venant de la République populaire.

Les Occidentaux ne suivent généralement pas la même approche. L'autre problème de cette nation tient au gros déséquilibre de la balance commerciale. Le pays souffre par conséquent d'un manque de devises et il peut être difficile de trouver des dollars pour payer ses fournisseurs.
Vous restez toutefois optimiste quant au potentiel de ce marché…
 

Tout à fait. La consommation de produits pétroliers dans ce pays de 100 millions d'habitants atteint 3 millions de tonnes, contre 2 millions au Sénégal ou au Cameroun par exemple. Ce marché croît au même rythme que l'économie locale, c'est-à-dire aux alentours de 10 % par an. Les marges posent encore problème, car elles sont contrôlées par l'État. Le réaménagement de la ligne de chemin de fer entre Addis-Abeba et Djibouti devrait toutefois nous permettre de transporter plus facilement les produits pétroliers qui sont aujourd'hui acheminés par camion.

Nous pensons en outre développer des produits annexes en transformant notamment nos stations-service en de véritables lieux de vie. Nous allons ouvrir des cafés et des restaurants et nous cherchons à signer un partenariat avec une banque pour proposer des guichets automatiques près de nos pompes. Nous avons aussi commencé à commercialiser des lanternes solaires qui sont vendues pour des prix compris entre 10 et 20 euros.
 

Vous ne souhaitez pas développer des activités d'exploration dans ce pays ?

Non. Il y aurait du gaz près de la Somalie, mais cette région ne nous rassure pas sur le plan sécuritaire. Les Chinois y sont d'ailleurs présents. Si le potentiel était énorme, nous serions aussi sur cette zone, mais ce n'est pas le cas.

La croissance rapide de ce pays ne risque-t-elle pas de provoquer un effet de bulle ?
 

Ce pays commence en effet à sentir la surchauffe. Aujourd'hui, la plupart des devises sont dépensées dans des projets étatiques, mais si cet argent venait à manquer, cela pourrait affecter l'ensemble de l'économie. Le modèle actuel continuera de fonctionner tant que l'État parviendra à partager les fruits de la croissance avec la totalité de la population. Mais on sent aujourd'hui un certain mécontentement monter. Je reste néanmoins optimiste, surtout lorsque je constate la qualité des Éthiopiens que nous employons. Le système éducatif fonctionne ici. Ce n'est pas forcément vrai dans les autres pays africains…
 

Quelles ont été vos premières impressions en emménageant à Addis-Abeba ? 

Lassina Touré : La première impression que l'on ressent en arrivant ici est que ce pays bouge très rapidement. Il suffit de voir les chantiers en cours et le nombre de grues en activité pour s'en apercevoir. On me l'avait dit avant de venir, mais je n'imaginais pas à quel point l'Éthiopie se transformait. Il y a toutefois un bémol à mettre.

Tous les projets sont portés par des initiatives publiques qui sont inscrites dans le plan quinquennal mis en place par le gouvernement. La limite de ce système est le financement des dossiers. La Chine apporte pour le moment la plupart des enveloppes nécessaires aux chantiers, mais l'État s'endette et il devra un jour rembourser ses dettes. La question est de savoir quand le privé va prendre le relais des pouvoirs publics. Pour l'instant, les autorités ne regardent pas ce dossier sous cet angle.
 

Vous êtes là pour Total. Quelles sont ses activités en Éthiopie ?

Total est présent en Éthiopie depuis 60 ans. Nous possédons 180 stations-service sur le territoire, soit environ un tiers du marché. La compagnie nationale NOC est le leader local. Oil Libya, dont le siège est à Dubaï, est aussi là. Total emploie directement 170 salariés, mais si on prend en compte le personnel des stations-service qui sont en location-gérance et ceux des transporteurs qui travaillent pour nous, nos effectifs atteignent 8 000 employés. Nous croyons beaucoup en ce pays, dont la culture particulière ne ressemble pas forcément à celle des autres.
 

Pourquoi si peu d'entreprises occidentales sont-elles présentes sur ce marché en pleine croissance, alors que les Chinois semblent s'être implantés aux quatre coins du pays ?
 

Il existe tout d'abord beaucoup de secteurs comme la banque, les télécoms ou la grande distribution qui sont contrôlés par l'État. Les grandes banques internationales telles Citibank, HSBC ou BNP Paribas ne sont pas présentes en Éthiopie. Lorsque les Chinois sont intéressés par un dossier, ils financent la totalité du projet et les travaux sont réalisés par des sociétés chinoises avec des équipements et des matières premières venant de la République populaire. Les Occidentaux ne suivent généralement pas la même approche. L'autre problème de cette nation tient au gros déséquilibre de la balance commerciale. Le pays souffre par conséquent d'un manque de devises et il peut être difficile de trouver des dollars pour payer ses fournisseurs.
 

Vous restez toutefois optimiste quant au potentiel de ce marché…
 

Tout à fait. La consommation de produits pétroliers dans ce pays de 100 millions d'habitants atteint 3 millions de tonnes, contre 2 millions au Sénégal ou au Cameroun par exemple. Ce marché croît au même rythme que l'économie locale, c'est-à-dire aux alentours de 10 % par an.
Les marges posent encore problème, car elles sont contrôlées par l'État. Le réaménagement de la ligne de chemin de fer entre Addis-Abeba et Djibouti devrait toutefois nous permettre de transporter plus facilement les produits pétroliers qui sont aujourd'hui acheminés par camion.

Nous pensons en outre développer des produits annexes en transformant notamment nos stations-service en de véritables lieux de vie. Nous allons ouvrir des cafés et des restaurants et nous cherchons à signer un partenariat avec une banque pour proposer des guichets automatiques près de nos pompes. Nous avons aussi commencé à commercialiser des lanternes solaires qui sont vendues pour des prix compris entre 10 et 20 euros.
 

Vous ne souhaitez pas développer des activités d'exploration dans ce pays ?
 

Non. Il y aurait du gaz près de la Somalie, mais cette région ne nous rassure pas sur le plan sécuritaire. Les Chinois y sont d'ailleurs présents. Si le potentiel était énorme, nous serions aussi sur cette zone, mais ce n'est pas le cas.
 

La croissance rapide de ce pays ne risque-t-elle pas de provoquer un effet de bulle ?
 

Ce pays commence en effet à sentir la surchauffe. Aujourd'hui, la plupart des devises sont dépensées dans des projets étatiques, mais si cet argent venait à manquer, cela pourrait affecter l'ensemble de l'économie. Le modèle actuel continuera de fonctionner tant que l'État parviendra à partager les fruits de la croissance avec la totalité de la population.

Mais on sent aujourd'hui un certain mécontentement monter. Je reste néanmoins optimiste, surtout lorsque je constate la qualité des Éthiopiens que nous employons.
Le système éducatif fonctionne ici. Ce n'est pas forcément vrai dans les autres pays africains…





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